10.02
« Arrêtez le monde, je voudrais descendre »… C’est le titre du spectacle que présente à Brive, à partir du 19 octobre, le Théâtre Dromesko. Ce pourrait être aussi un souhait, celui de faire une halte sur des abords inconnus de la terre, pour l’observer en toute quiétude et comprendre ce qui se passe, analyser la situation et, pourquoi pas, agir pour a survie.
Le monde ne s’est pourtant pas arrêté de tourner ce matin, sur les hauteurs de Saint-Antoine, il a juste suspendu son temps pendant quelques heures pour que chacun des participants des Etats généraux de la forêt, organisés durant trois jours par les Treize Arches, puisse prendre la mesure du malaise, d’un malaise dans lesquelles les forêts, jouent bien malgré elles, le rôle principal.
Ce fut notamment le cas lors de l’intervention d’Edmond Dounias, éthnoécologue, Patrick Menget, éthnologue, Emmanuelle Grundmann primatologue et journaliste scientifique et Xavier-Arnaud de Sartre, géographe et chercheur au CNRS. 80% des forêts ont disparu de la surface de la terre, assène Edmond Dounias, d’où un accroissement de 20% des émissions des gaz à effet de serre. A Bornéo, explique-t-il encore, la forêt occupait près de 92% de la surface de l’île en 1950 pour seulement 33% aujourd’hui. Les causes de cette déforestation effrénée sont bien connues : production du bois, l’exploitation des mines, l’explosion de la démographie, la conversion des zones déforestées en zones agricoles ultra intensives.
Une situation que l’on retrouve un peu partout, notamment en Amazonie, bien sûr, Patrick Menget reviendra d’ailleurs longuement sur la situation brésilienne, mais aussi à Madagascar, dont le dénominateur commun, outre une ignorance des populations locales, reste bien le facteur économique.
C’est au lendemain de la deuxième guerre mondiale, que les nouvelles techniques de déforestation ont montré toute leur puissance, au service d’un monde en plein essor. Emmanuelle Grundmann, auteur de « Ces forêts qu’on assassine », chez Plon, dresse un état des lieux pour le moins désolant, rappelant que même les grandes institutions (FMI, FAO…) avaient favorisé la monoculture à grande échelle au détriment de la biodiversité sous prétexte de développement vert..
L’économie au pouvoir et les forêts dévastées, c’est aussi ce que combat, à sa façon, Xavier-Arnauld de Sartre, jeune géographe et citoyen du monde. Pour lui, sauver la forêt et la nature dans son ensemble, c’est d’abord lutter contre le profit. Il faut, dit-il, donner une valeur à la forêt, même si cela peut poser un redoutable problème éthique, faire payer ceux qui cassent et aider ceux qui protègent les arbres et la nature en général.
Utopie, révolution de la pensée écologique ? Toujours est-il que la forêt meurtrie demeure le symbole inflexible d’un monde en péril. Poumon vital pour notre survie, les forêts qui « peuplent » notre terre sont les garantes de notre survie. Au-delà de leur spécialité, de leur technicité, de leur passion, tous les intervenants de ce colloque incarnent avant tout cette conscience exacerbée et citoyenne que l’on ferait bien, une fois pour toutes, d’écouter sérieusement.
Et, pendant ce temps-là, la terre s’est remise à tourner.
Patrick Coutant
Les Treize Arches | le blog










Aucun commentaire.
Ajoutez votre commentaire